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mardi 10 juillet 2018

Le rat-TRAB-age, c'est maintenant!!

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Non non, rassurez-vous, pour le réveil de ce blog après une longue hibernation, je ne vais pas vous sortir le marronnier du baccalauréat et de son rattrapage... c'est bien de TRAB (Toul-Rosières Air Base) qu'il sera question ci-dessous.

Il s'agit simplement de préciser aux lecteurs distraits, ou qui ne suivent pas la page France-Air-OTAN sur Facebook, qu'il ne leur reste que deux jours pour se procurer en kiosques le numéro 11 du magazine Airpower contenant mon article de 16 pages sur la plus célèbre des bases américaines en France durant les années 1950-1960 : Toul-Rosières.


Aucun texte alternatif disponible.



La rédaction d'Airpower a en effet avancé la parution du numéro 12 de quelques jours, avant le cap fatidique du 14 juillet pour les départs en vacances. Le numéro 12 sortira donc le 12 juillet.
Si votre marchand de journaux n'a plus le n°11 ou si vous êtes dans l'impossibilité de vous le procurer avant l'arrivée du n°12, pas de panique, le magazine restera encore disponible auprès du site internet  d'Airpower, il vous en coûtera juste quelques euros de plus pour couvrir les frais de port...

Si toutefois vous arriviez trop tard au kiosque pour mettre la main sur le dernier exemplaire du n°11, ne boudez pas pour autant le n°12! Vous aimez les "lampes à souder"? Ce nouveau numéro est pour vous également! Un article rétrospectif sur la 3e Escadre de Chasse, ses F-84 et ses F-100, devrait vous en mettre plain les mirettes!

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Quant à ce blog, comme vous avez pu le constater, il était pour le moins délaissé ces derniers mois : la paternité et les projets éditoriaux "papier" m'obligent à faire des sacrifices, et il est vrai que j'ai souvent tendance à me "contenter" d'une publication sur la page Facebook pour faire part de l'actualité des anciennes bases aériennes de l'OTAN en France. Mais laisser de côté les lecteurs qui n'ont pas de compte Facebook et ne souhaitent pas en avoir ne me satisfait pas, aussi j'ai souhaité redonner vie à ce blog. Revenez vite, une belle actualité se profile dans les prochains jours! 

jeudi 27 juillet 2017

La "3" à l'heure du F-100


L'accomplissement d'un projet né il y a 10 ans : voilà ce que constitue cet ouvrage auto-publié par Daniel Corroy, ancien mécanicien équipement sur F-100 Super Sabre au sein de la 3e Escadre de Chasse en RFA pendant la guerre froide...

La démarche est atypique et semble plutôt rare : qu'un ancien mécanicien prenne la plume pour transmettre au lecteur l'amour (c'est bien de ça qu'il s'agit) qu'il voue à son avion est une démarche à laquelle on n'est pas souvent confronté. Le "syndrome de St-Ex"* pousse généralement davantage des pilotes, avec plus ou moins de succès, à coucher sur le papier leurs souvenirs de vols et les sentiments et impressions qui les habitaient là haut, dans les cieux, au cours de missions mémorables...
Mais qu'un "rampant", un "graisseux" écrive un livre sur ses souvenirs d'opérations peut étonner : quelles anecdotes palpitantes peut-il bien espérer transmettre au lecteur sans le faire "décoller"? 
* Pas sûr que ce syndrome existe réellement ni que, dans l'affirmative, tel soit en effet son nom, mais nous avons trouvé l'image parlante.

Cette question bête (et volontairement provocante), Daniel Corroy ne se l'est heureusement pas posée, poussé et encouragé qu'il a été dans son projet de rétrospective par ses anciens collègues pilotes et mécaniciens de la "3". Car c'est bien un ouvrage qui fera date qu'il nous propose aujourd'hui, et il eût été dommage qu'une appréhension infondée inhibât sa démarche mémorielle et passionnelle visant à transmettre ce qu'a été cette période historique, de 1959 à 1966 à la "3". D'autant plus que l'auteur a su s'entourer et que son ouvrage regorge de témoignages d'anciens de son unité, dont des pilotes, et est très largement illustré. Saluons d'ailleurs les photos de Régis Merveille, ancien pilote dont le patronyme correspond tout à fait aux clichés qu'il a fournis pour l'illustration de cet ouvrage. Ses superbes photos, notamment en couleurs, dont beaucoup ont été prises en vol, ont déjà illustré plusieurs articles et ouvrages consacrés au F-100 ou à l'EC 1/3 Navarre, mais c'est toujours avec plaisir qu'on les redécouvre, surtout ainsi compilées et mises en valeur dans un aussi bel ouvrage que celui que signe Daniel Corroy.

Mais, avant d'aller plus loin dans le commentaire du livre, re-situons le contexte : de la fin des années cinquante au milieu des années soixante, en pleine guerre froide, la France contribue à l'alerte nucléaire face au bloc soviétique dans le cadre de l'OTAN au moyen de deux escadres de chasse : la 3e et la 11e EC. A cette époque, l'indépendance atomique tricolore n'est pas encore acquise, et les moyens d'assurer cette permanence (bombes + avions) sont fournis par les Etats-Unis, comme c'est le cas pour d'autres pays (Belgique, Canada, Pays-Bas...). Dans ce contexte, la France est toutefois un des rares pays utilisateurs du chasseur-bombardier F-100 Super Sabre, mis à disposition dans le cadre du Mutual Defence Assistance Program (MDAP) envers certains pays alliés. (Le club des pays utilisateurs de F-100 est assez restreint, puisqu'outre les Etats-Unis, il ne compte que la France, le Danemark, la Turquie et Taïwan).

Parallèlement, implantée en France sur les bases aériennes de Chaumont, Etain et Toul, l'US Air Force y entretient également trois escadres de chasseurs-bombardiers F-100 Super Sabre, elles-aussi en charge du strike nucléaire au delà du rideau de fer. 
Devenu Président de la République en 1959, Charles de Gaulle souhaite accélérer le développement entamé sous la IVe République d'une force de frappe nucléaire franco-française. Désireux de redonner à la France un certain libre-arbitre et une liberté de mouvement vis-à-vis de l'alliance Atlantique, il commence par demander que les armes atomiques américaines et leurs vecteurs soient placés par les Américains sous un système de double clé dont la France aurait également la responsabilité. En cas de refus des Américains, de Gaulle souhaite que les armements nucléaires américains et les avions chargés de les mettre en oeuvre quittent le territoire français. Bien sûr, Washington refuse de confier le double des clés à Paris et déménage ses trois escadres de F-100 vers l'Allemagne et et la Grande-Bretagne. C'est l'opération Red Richard, qui intervient entre l'été 1959 et le début de l'année 1960. 
Paradoxalement, mais dans le droit fil de la logique gaullienne, ces dispositions concernent donc également la 3e EC de Reims et la 11 EC de Luxeuil, elles-aussi dotées d'armes nucléaires américaines dans le cadre de leur mission (bombes gardées par des contingents de militaires américains au sein des bases françaises). Ces deux escadres sont donc également contraintes de déménager hors de l'Hexagone, le temps pour la France d'achever son programme d'armement nucléaire aéroporté par le biais des escadrons de Mirage IV.

Ce sont donc respectivement les bases de Lahr et Bremgarten qui accueillent les 3e et 11e escadres de chasse. Situées en RFA, dans la vallée du Rhin, à une encablure du territoire français, mais sur la rive droite du fleuve frontière, ces deux bases deviennent le théâtre d'une parenthèse méconnue qui s'ouvre alors dans l'histoire de la permanence nucléaire au sein de l'armée de l'air. Daniel Corroy détaille notamment dans son ouvrage les spécificités de la mission strike en termes de disponibilité des avions et donc de contraintes mécaniques, différentes de celles des autres unités où il a servi. L'examen de ces contraintes a d'ailleurs permis, à l'usage, de paver la route des futures Forces Aériennes Stratégiques (FAS). Dommage que l'auteur ne détaille pas plus les relations entre les armuriers français et les Américains en charge de la garde de l'arsenal atomique, et notamment le déroulement des entraînements d'alerte nucléaire. Sans doute n'y a t-il lui-même pas été trop confronté de par sa spécialité, et le sceau du secret pèse peut-être encore de nos jours... Un intéressant témoignage d'un armurier habilité nucléaire à l'époque, Paul Crépin,  apporte toutefois d'intéressantes informations sur cette partie du travail propre à l'escadre.

F-100D de l'EC 1/3 Navarre. Profil : Stéphane Lhernault
Cette image n'est pas tirée du livre.

Saluons l'initiative de Daniel Corroy, qui aurait très bien pu se contenter de couler une paisible retraite mais qui au lieu de celà, s'est lancé dans une quête de témoignages et de documents qui lui aura finalement pris quatre ans pour aboutir à ce très beau résultat.
L'ouvrage est intelligemment construit et s'articule en une trentaine de chapitres thématiques, allant de six à douze pages chacun et présentant un aspect spécifique de l'unité, une anecdote, un témoignage ou un temps fort : l'historique de la "3", les campagnes de tirs à Solenzara, la base de Lahr et sa garnison d'expatriés où règnent solidarité, entraide et solides amitiés, le concours Aircent de 1963...
Signalons la démarche de l'auteur qui, dans un souci de pédagogie, situe chaque chapitre dans son contexte historique ou géographique et détaille les causes mécaniques pour chaque accident ou crash évoqué, photos des systèmes incriminés à l'appui. De même les témoignages de pilotes inclus aux chapitres trouvent à chaque fois, en écho, le point de vue de "la mécanique", ce qui en fait presque un livre chorale où l'on sent que c'est le point de vue de l'unité, et non celui d'un seul de ses membres qui est consigné et transmis dans cet ouvrage. C'est pourquoi il est fort probable que ce livre plaise également aux jeunes mécaniciens avions actuels, tant leur rôle est reconnu à leur juste valeur et tant le propos et l'analyse des incidents et accidents relatés peuvent s'avérer intéressants voire formateurs. La mécanique et les avions ont changé, l'approche du problème technique et l'esprit de déduction reste le même aujourd'hui.

Sommaire de l'ouvrage. Cliquez pour agrandir.

A quelques rares occasions, l'auteur se réserve le privilège d'une digression, sortant du cadre de la 3e EC au temps du F-100, pour évoquer la carrière d'Edmond Marin la Meslée, la catastrophe d'Albacete en 2015 ou encore le crash du capitaine Allard... autant d'occasions lui permettant de témoigner d'un esprit de corps toujours palpable aujourd'hui, le lien étant celui de l'appartenance à une unité, la 3e EC, au travers de ses différentes époques.

Au centre du livre a été déportée une série d'annexes, habilement sortie des chapitres auxquelles elles se rapportent pour ne pas alourdir le propos avec des photos et des informations s'adressant à une minorité de lecteurs : anciens de l'Escadre qui se retrouveront avec plaisir sur des photos de repas d'unité ou de prises d'armes, photos de villégiature corse lors d'une campagne de tirs à Zara... 
L'ensemble de l'ouvrage est ainsi très agréable à lire et à feuilleter, l'auteur excluant une narration académique pour se faire complice du lecteur et ainsi transmettre avec un certain humour ses souvenirs, anecdotes voire confidences.
Pour finir, Daniel Corroy élargit un peu son traitement du sujet en consacrant quelques chapitres à ses souvenirs autres opérationnels à Bremgarten au temps de l'Ouragan puis du F-84F, à Chaumont, ville dont il est originaire et où il redécouvre la base aérienne américaine de l'intérieur avec un plaisir manifeste, lors des rencontres Aircent auxquelles il prend part avec la "3"...

4e de couverture. Cliquez pour agrandir.

Pour résumer, on peut dire que ce livre est une pièce de choix pour quiconque s'intéresse aux relations entre l'armée de l'air et l'OTAN, notamment avant l'obtention de la puissance atomique par la France. Ce sujet trop peu traité trouve enfin une visibilité méritée à travers ces pages. Il en va de même pour l'engagement des militaires français de l'armée de l'air expatriés en RFA en pleine guerre froide pour garantir cette mission au sein d'une alliance militaire à laquelle ils sentaient sans doute déjà qu'ils n'appartiendraient plus très longtemps, du moins dans les mêmes conditions. Une époque très particulière donc, mise en valeur avec tendresse par Daniel Corroy. 
Il serait intéressant que l'initiative de l'auteur trouve un écho au sein de la très organisée amicale des Anciens de la 11e Escadre de Chasse, qui pourrait se lancer dans la réalisation d'un livre équivalent vu de la "11". Cette escadre a certes volé bien plus longtemps que la "3" sur Super Sabre et plus seulement dans une rôle de strike nucléaire. Mais disposer d'un ouvrage de référence équivalent pour la période allemande de la 11e EC, sur la base de Bremgarten, serait une vraie chance. L'appel est lancé...

Bien qu'il ait fort à propos sollicité la société de prestations graphiques Baobab, qui a réalisé une très belle mise en page et assuré la fabrication de l'ouvrage, l'auteur assure seul la distribution de son livre qui n'est donc pas diffusé dans le commerce, ni dans les réseaux grands publics, ni auprès des filières spécialisées. Le seul moyen pour vous le procurer est donc de le commander directement auprès de lui. Pour ce faire, vous trouverez ci-dessous un bon de commande, ainsi que ses coordonnées. Seul le paiement distant par chèque est accepté (pas de paiement électronique).
Vu la qualité de l'ouvrage, il est fort probable que le tirage s'amenuise rapidement. Ne manquez donc pas cette opportunité d'ajouter ce très bel ouvrage à votre bibliothèque. Il complètera d'ailleurs très avantageusement le livre de Jean-Pierre Calka et Eric Moreau sur Le F-100D/F Super Sabre en service dans l'armée de l'air.

La 3e Escadre de Chasse et le F-100D/F Super Sabre
21,6 x 30,3 cm. 354 pages. Couverture rigide.
Plusieurs centaines de photos en couleurs et noir et blanc.
54 euros franco de port.
Bon de commande ci dessous (à imprimer, à compléter et à retourner à l'auteur accompagné de votre règlement par chèque)


La 3e Escadre de Chasse et le F-100 Super Sabre



Bon de commande. Cliquez pour agrandir.


La 3e Escadre de Chasse et le F-100D/F Super Sabre
21,6 x 30,3 cm. 354 pages.
54 euros franco de port.
Bon de commande ci dessus (à imprimer, à compléter et à retourner à l'auteur accompagné de votre règlement par chèque uniquement).


L'auteur assurant seul la distribution de son livre qui n'est donc pas diffusé dans le commerce, ni dans les réseaux grands publics, ni auprès des filières spécialisées, le seul moyen pour vous le procurer est donc de le commander directement auprès de lui. 
Pour ce faire, vous trouverez ci-dessus un bon de commande, ainsi que ses coordonnées. Seul le paiement distant par chèque est accepté (pas de paiement électronique).
Vu la qualité de l'ouvrage, il est fort probable que le tirage s'amenuise rapidement. Ne manquez donc pas cette opportunité d'ajouter ce très bel ouvrage à votre bibliothèque. 

mardi 25 juillet 2017

Les escadres de l'armée de l'air à l'honneur


Le premier Hors-Série du magazine Avions de Combat  actuellement en kiosques met à l'honneur le travail de Gérard Paloque sur les escadres de l'armée de l'air de 1945 à nos jours.
Véritable gageure que de travailler sur une telle période historique, compilant tant d'appareils, en termes de types, de versions, de livrées... L'auteur nous propose un superbe recueil d'une centaine de photos et de 200 profils en couleurs consacrés aux 8 premières escadres de l'armée de l'air.

Bien sûr, la faste période de guerre froide (en ce qui concerne le parc d'avions de chasse, s'entend) est largement représentée notamment pour les escadres intégrées au 1er CATac de l'OTAN, qui évoluaient sur matériel américain du début des années 1950 jusqu'au milieu des années 1960 (F-84E/G/F, F-100D/F) et qui nous intéressent particulièrement ici (1ère, 3e, 4e EC) . 

Gérard Paloque avait déjà signé un excellent ouvrage sur le F-100 Super Sabre présentant des centaines de profils de l'appareil dans ses nombreuses livrées au sein des différentes forces aériennes l'ayant utilisé. Il nous propose ici un travail de la même qualité qu'il convient d'avoir dans sa bibliothèque. Car l'auteur ne s'arrête pas aux livrées des avions d'armes composant les différents escadrons d'une même escadre. Il complète le tableau avec les profils des appareils des escadrilles de liaison (MS Paris, T-33, Fouga, Broussard, et même Martinet) ainsi que des SIPA, T-6 et T-28 des Escadrilles d'Aviation Légères d'Appui (EALA) parrainées par chaque escadre durant la guerre d'Algérie! Certes, on peut regretter que les profils ne soient pas un peu plus grands, mais 200 profils! A pagination constante du magazine, on comprend bien qu'au vu du nombre, il a fallu faire une concession sur la taille des profils. Et encore l'ensemble de l'étude a été scindée en deux, la suite faisant l'objet du prochain Hors-Série (escadres N° 9 à 33) dont la parution est prévue au quatrième trimestre 2017.

Comme le signale l'Aérobibliothèque, les éditions Heimdal, qui éditent le magazine Avions de Combat, publieront en fin d'année l'intégralité du travail de Gérard Paloque sur l'histoire des escadres de l'armée de l'air de 1945 à nos jours, compilant le contenu des deux numéros Hors-Série de la revue... La maquette de ce volume récapitulatif permettra peut être d'agrandir un peu la taille de certains profils? Nous ne manquerons pas de vous en reparler ici-même, le moment venu!

Avions de Combat Hors-Série numéro 1
2e trimestre 2017
112 pages
Plus d'une centaine de photos NB et couleurs et plus de 200 profils couleurs
13 euros.

dimanche 25 janvier 2015

Eclats de vie d'un pilote de chasse 1952 - 1967



"Eclats de vie"!... le terme n'est pas volé, tant la vie d'un pilote de chasse peut être éclatante de prestige, volant vite et haut dans l'azur ; ou bien littéralement "éclater" à tout instant, en raison de la rupture d'aubes du compresseur du réacteur - entre autres causes - comme en témoigne Jean-Louis Sébastiani, un miraculé de l'aviation militaire des années cinquante et soixante.

Voilà une autobiographie qui mérite vraiment qu'on s'y penche, tant par son contenu que par le point de vue de son auteur et la période qu'il dépeint. Il s'agit en effet des quinze années de contrat liant Jean-Louis Sébastiani à l'armée de l'Air, qui coïncident aux heures les plus intenses de l'alliance France-OTAN sur le plan aéronautique. Dans ce contexte de guerre froide, la France était encore membre de l'Alliance Atlantique à part entière, avant son retrait du commandement intégré intervenu en mars 1967. Le point de vue d'un pilote français sur cette quinzaine d'années met aussi en perspective ce contexte de guerre froide avec celui de la guerre d'Algérie, passage obligé pour tout pilote de l'armée de l'Air à cette époque... Mais n'anticipons pas!

C'est après le baccalauréat que l'auteur commence son récit, en évitant pudiquement, du début jusqu'à la fin, les considérations personnelles et privées pour se concentrer sur sa passion et son métier. Devenir pilote et essayer de le rester, jusqu'à devenir si possible un "vieux pilote", voilà la trame narrative de cette autobiographie qui débute, au terme d'une visite médicale validant son aptitude à la chasse, par l'incorporation à Aulnat, dans ce qui ressemble à un "stalag" d'après la description qu'en fait l'auteur! Les réalités de la vie militaire sont bien loin de l'affiche séduisante émanant du bureau de recrutement, vantant l'armée de l'Air renaissante, dans une représentation quasi-romantique de jets modernes volant au ras des coquelicots!

Heureusement, l'Alliance Atlantique ouvre de nouveaux horizons à de nombreux jeunes apprentis pilotes au début des années cinquante. En effet, en plus de fournir à la France du matériel volant, les Etats-Unis prennent également en charge la formation de nombreux pilotes sur leur sol, offrant une alternative à l'école de chasse de Meknès aux élèves-pilotes les plus à l'aise avec la langue de John Wayne! Au terme s'un stage de pilotage de base sur Stampe au sein de l'aéro-club d'Albi, l'auteur prend donc le chemin de Marana AFB, en Arizona, pour y suivre le Primary Training sur T-6. Après une transatlantique surréaliste sur paquebot et une traversée ferroviaire épique des Etats-Unis, l'auteur découvre donc le désert, mais aussi la discipline et la pédagogie à l'américaine. Après six mois à Marana s'ensuit le Basic Training à Williams AFB pour six mois de plus.
D'après son récit, Jean-Louis Sébastiani semble traverser les différentes étapes de la formation à l'américaine sans difficultés apparentes. Il nous fait toutefois partager les doutes mais aussi les joies et les grandes satisfaction de l'élève pilote, transformé "de béotion du vol" à "pilote de chasse combat ready" en seulement dix-sept mois. Tant et si bien que l'année de formation occupe la moitié du récit de ses quinze années de pilote de chasse.

Après la découverte du jet sur T-33 et P-80 et la formation au tir sur F-84G et E à Luke AFB, c'est le retour en France, à Reims, au sein de la 3e Escadre de Chasse. Magie de l'Alliance Atlantique, l'auteur y retrouve le Thunderjet, appareil sur lequel il avait terminé son cursus quelques semaines plus tôt. Dans son escadron, le jeune pilote parvient à se faire une place parmi de nombreux "moustachus" vétérans de la Seconde Guerre mondiale. L'auteur témoigne à cette occasion de l'ambiance volontiers potache qui régnait encore dans cette armée de l'Air en phase de mutation.

C'est à l'occasion de manoeuvres depuis la base de Damblain que le destin du ce jeune pilote manque de tourner court : victime d'une panne à trop basse altitude, ne pouvant s'éjecter, il est forcé de se poser en catastrophe et frôle la mort. Jean-Louis Sébastiani a juste le temps d'être transformé sur F-84F avant d'être interdit de siège éjectable pendant deux ans, conséquence indésirable de son crash. Il prend alors la direction de l'Algérie, où contraitement à la majorité de ses collègues qui volent à cette époque sur T-6 ou T-28, lui va tâter de l'antique P-47 Thunderbolt au sein de l'Escadron d'Entraînement Opérationnel et de Calibration (EEOC) 1/17 à Oran-La Sénia. Le climat se durcissant, les prises d'alerte et la chasse aux fellaghas deviennent le lot quotidien de l'unité, rapidement rebaptisée Escadron de Chasse 1/20 "Aurès-Nementchas" et rattachée à la 20e Escadre de Chasse.

Après quatre ans de P-47 en Algérie, l'auteur peut enfin réintégrer une unité de chasseurs à réaction en métropole. Il s'agit de la 10e Escadre de Chasse basée à Creil, chargée de l'interception et de la défense aérienne. Si la reprise de contact avec un jet ne se fait pas sans quelque hésitation, rapidement, Sébastiani reprend de l'assurance aux commandes de son Super Mystère B2. De campagnes de tir en échanges d'escadron avec les Canadiens de Marville, l'auteur gravit les derniers échelons du parcours semé d'embûches que constitue la carrière de pilote de chasse opérationnel, jusqu'à sa qualification de Chef de Patrouille. Guerre froide et guerre d'Algérie se confondent une nouvelle fois quand des Mig Libyens menacent des positions algériennes, motivant un détachement de SMB2 de la "10" à Bône... C'est l'occasion pour l'auteur de découvrir une nouvelle géographie aérienne de l'Algérie, avec la vitesse et la puissance du SMB2 réduisant les distances et la menace du relief qui rendaient incertaines ses "expéditions" en P-47 quelques années plus tôt.

Avec l'année 1963, l'heure sonne de transmettre le flambeau et notre narrateur se retrouve instructeur à Tours sur Mystère IV au sein du 5e Escadron. A lui, à présent, de dispenser son savoir comme l'avaient fait ses mentors américains une décennie plus tôt. Le clap de fin retentit en février 1967 pour Jean-Louis Sébastiani, au terme d'un vol sur Mystère IV et d'une carrière de pilote bien remplie.

D'un style agréable où un humour certain et une réelle sensibilité artistique s'expriment (en plus d'être pilote de combat, l'auteur est dessinateur, peintre, imitateur et poète!), cette autobiographie riche d'anecdotes se dévore d'une traite. L'auteur fait en outre preuve d'un vrai souci de pédagogie, comme en témoigne, entre autres références, la présence d'un glossaire en fin d'ouvrage, rendant la lecture acccessible aussi bien au spécialiste qu'au béotien curieux et intéressé.
Sur le fond, rien à redire, donc si ce n'est à saluer l'effort de transmission mené par l'auteur. Sur la forme en revanche, on regrette que les nombreuses photos et illustrations (noir & blanc et couleur) jalonnant cette tranche de vie n'aient pas reçu le traitement qu'elles auraient mérité. Pertinentes et agréablement disséminées tout au long de l'ouvrage plutôt que dans un cahier central - ce qui sert mieux le propos de l'auteur - leur qualité d'impression est toutefois décevante, en raison d'un manque d'optimisation et d'un papier d'impression pas franchement adapté. En outre de nombreuses photos impliquent de pivoter le livre de 90° pour être admirées, et cette rotation continuelle n'est pas des plus confortable en cours de lecture. Enfin, le positionnement tarifaire est sans doute un peu élevé en comparaison d'ouvrages équivalents en termes de fabrication.

Ces considérations mises à part, Eclats de vie d'un pilote de chasse, de Jean-Louis Sebastiani, est à recommander à tous les lecteurs intéressés par l'aviation des années cinquante et soixante, celle à hélice des "opérations" de maintien de l'ordre en Algérie comme celle des "lampes à souder" supersoniques de l'industrie aéronautique française renaissante.

Enfin, si l'auteur s'est concentré dans cet ouvrage sur sa vie aéronautique, il convient de signaler un autre de ses livres paru chez le même éditeur : dans Au fil de la plume, Jean-Louis Sébastiani laisse davantage la place à l'inspiration poétique et aux sentiments qui l'habitent, pour découvrir une autre facette de cette riche personnalité.

Pour avoir un aperçu des premières pages de ce livre, CLIQUEZ ICI


Eclats de vie d'un pilote de chasse
1952 - 1967

Autobiographie

Jean-Louis SEBASTIANI

Editions Société des Ecrivains
ISBN : 9782342028522
356 pages

>> Commander sur le site de l'éditeur