mardi 5 juillet 2016

Chaumont-Semoutiers : Lady Liberty a 60 ans

La Statue de la Liberté de Chaumont-Semoutiers, à l'occasion de son 60e anniversaire. 
© P. Carré
Ces 3 et 4 juillet, des célébrations franco-américaines se sont déroulées à Chaumont et dans ses alentours, à l'occasion du retour de citoyens américains venus célébrer le 60e anniversaire de la Statue de la Liberté haut-marnaise. Cette réplique fut inaugurée sur la base américaine de Semoutiers le 4 juillet 1956, à l'occasion de la fête nationale des Etats-Unis, alors que le 48th Fighter Bomber Wing et ses F-86F Sabre étaient basés sur la plate-forme de l'US Air Force. A cette occasion, l'unité fut d'ailleurs baptisée "escadre de la Statue de la Liberté" (Statue of Liberty wing).

Présentation du nouvel insigne de l''escadre lors de son baptême officiel, le 4 juillet 1956.
© NARA
L'association Chaumont US Memory, et particulièrement son énergique président Jacky Rusnov, préparent l'évènement depuis de longues années : on ne fête pas ses 60 ans tous les jours, aussi, il convenait de marquer l'évènement d'une pierre blanche.
Si l'anniversaire de la Statue de la Liberté, célébré tous les 10 ans, est souvent prétexte au retour d'Américains en Haute-Marne, l'anniversaire, cette année, a pris une saveur particulière. D'abord parce que la roue tourne : les Américains de retour aujourd'hui sont les enfants des militaires jadis basés à Semoutiers et ayant servi au sein du 48th Fighter Bomber Wing (48e escadre de chasseurs-bombardiers). La grande majorité de leurs glorieux ainés ont aujourd'hui disparu, et leurs enfants eux-même commencent à entrer dans le 3e âge. Ces célébrations risquent donc fatalement d'être parmi les dernières effectuées en présence d'Américains.
Mais cette année en outre, la cérémonie d'anniversaire était également l'occasion de baptiser des rues chaumontaises en mémoire de la longue présence américaine dans la préfecture de la Haute-Marne et ses environs.

Le colonel Chabbert, chef de corps du 61e RA basé à Semoutiers, et les porte-drapeaux
de l'association Chaumont US Memory devant la Statue de la Liberté.
© P. Carré
Une trentaine d'Américains avait effectué le voyage transatlantique pour revenir dans ce coin de France qu'ils connurent jadis, en tant qu'enfants de soldats venus, une nouvelle fois défendre l'Europe de la menace d'une 3e guerre mondiale. Vivant dans des caravanes sur la base elle-même, ou par la suite, dans les pavillons de plain-pied des cités Lafayette et Pershing, ce voyage prenait, pour certains, des airs de pèlerinage.

© P. Carré
A la faveur d'un petit changement de programme compte tenu du contexte actuel, la cérémonie du 60e anniversaire en elle-même s'est déroulée dimanche 3 juillet, dans l'enceinte militaire du 61e Régiment d'Artillerie qui occupe aujourd'hui l'ancienne base américaine. Son chef de corps, le colonel Chabbert a accueilli ses invités par une allocution en anglais. Après les dépôts de gerbes en règle, civils français et américains et militaires français de l'unité ont pu saluer Lady Liberty et la photographier à leur convenance.

Pour l'occasion, un (petit) drapeau américain a momentanément
re-flotté
au côté du drapeau français devant le QG de la base.
© P. Carré
Même vue que la précédente, 60 ans plas tôt, comme en témoignent
l'absence d'arbres et les véhicules.
© OTAN

Le lendemain, lundi 4 juillet, fête nationale américaine, les commémorations se sont poursuivies au monument à l'amitié franco-américaine, boulevard Barotte. Cette adresse n'allait cependant plus avoir cours très longtemps puisque l'inauguration de plaques de rues matérialisant leur baptême allait suivre en fin de matinée.

Une portion du Boulevard Barotte, longeant le square du Boulingrin, s'apprête à être rebaptisée.
© F. Loubette
Une émouvante cérémonie s'est donc déroulée au pied du monument pavoisé, en présence des autorités civiles et militaires, des membres de l'association Chaumont US Memory ainsi que de la délégation américaine. Celle-ci comprenait notamment Carolyn Clark Miller, fille du Colonel Albert P. Clark qui commanda la base de Semoutiers à partir d'août 1955. Carolyn Clark était alors une adolescente de 17 ans. Son séjour en France l'a manifestement marquée, puisqu'elle revient depuis presque chaque décennie pour célébrer l'anniversaire de la Statue de la Liberté.
Du côté français, outre le colonel Chabbert commandant le 61e RA, on pouvait également noter la présence, entre autres, du député de la Haute-Marne Luc Chatel, et de Madame Christine Guillemy, Maire de Chaumont,.

Une petite foule franco-américaine s'était rassemblée autour du monument.
© F. Loubette
C'est avec une émotion certaine que Jacky Rusnov salue l'aboutissement de longues
années de démarches pour honorer la présence américaine à Chaumont, de 1952 à 1967.
© F. Loubette
Carolyn Clark Miller, en bleu, offre une plaque commémorative à
Madame Guillemy, maire de Chaumont.
© F. Loubette
Entre l'ancien et l'actuel maire de Chaumont, Jacky Rusnov, président de
Chaumont US Memory, est très ému pendant le discours de Luc Chatel.
© F. Loubette
© F. Loubette
Des dépôts de gerbes et des remises de cadeaux - dont une plaque commémorative offerte par Carolyn Clark Miller - ont ponctué la cérémonie qui s'est suspendue quelques instants à 11h00, à l'occasion du survol du monument par deux Mirage 2000D de l'escadron 3/3 Ardennes de la base de Nancy-Ochey. 
Une plaque a ensuite été dévoilée, arborant le nom des 17 pilotes américains morts en service durant le temps de leur affectation en Haute-Marne. Cette plaque orne désormais le monument à l'amitié franco-américaine.

© via C. Guillemy
Les noms des 17 pilotes et la date de leur décès (dont 4 pour la journée du 20 mai 1957)
ornent la nouvelle plaque sur le monument. Le dernier d'entre eux, Don Slack, s'est vu
dédier le roman Stranger to the ground par son camarade Richard Bach, pilote écrivain,
servant à Chaumont à la même époque, et popularisé par son roman Jonathan Linvingston le goéland.
© F. Loubette
Le monument à l'amitié franco-américaine perpétue désormais le souvenir
des 17 pilotes américains décédés en service pendant
leur affectation à Chaumont-Semoutiers.
© F. Loubette
Inauguration de plaque par Carolyn Clark Miller entourée par Luc Chatel et Christine Guillemy.
© F. Loubette


L'esplanade Wilson sera désormais l'une des deux voies entourant
le monument à l'amitié franco-américaine.
© F. Loubette
Le boulevard du 48th Fighter Bomber Wing est désormais la nouvelle adresse
du monument à l'amitié franco-américaine.
© F. Loubette
Les festivités et commémorations se sont ensuite poursuivies autour du verre de l'amitié (franco-américaine, est-il encore besoin de le préciser?) au square du Boulingrin, puis à table à la salle des fêtes de Villiers-le-Sec, tandis qu'un peu plus loin, dans ce même village, se tenait une exposition rétrospective au comptoir du jardinier, encore et toujours organisées par l'association Chaumont US Memory.

Une partie de la décoration de la salle des fêtes de Villiers-le-Sec.
© F. Loubette

L'exposition au Comptoir du jardinier rassemblait notamment de nombreuses
voitures évocatrices des 50's et 60's.
© F. Loubette
Une Corvette Stingray décapotable, quelques mannequins et
vous voilà transportés au début des sixties!
© F. Loubette
JHM du 4 juillet relatant l'évènement. Cliquez pour agrandir.

lundi 4 juillet 2016

La PAF à Chambley (mais pas que...)

Pour le Rafale, l'accès à la piste de Chambley Planet'Air n'était pas interdit
à l'occasion de sa première apparition sur le site.

Les Free Flight World Masters qui se sont tenus à Chambley le week-end dernier ont été l'occasion d'admirer le programme mauvais temps de la Patrouille de France, le plafond s'étant malheureusement nettement abaissé juste le temps du créneau qui lui était réservé. C'est la 4e fois que la PAF effectue une halte à Chambley dans son planning estival, les précédentes ayant eu lieu dans le cadre du Mondial Air Ballons (1995, 1997, 2003).


En revanche, la présence du Rafale sur l'ancienne base américaine était bien une première, et c'était manifestement le clou du spectacle : programmé en fin de meeting, à 18h00, il a pu bénéficier d'un plafond relevé et a manifestement enchanté le public. Espérons que cette première sera suivie, dans le futur, de nouvelles présentations du dernier chasseur entré en service dans l'armée de l'air.


Outre les nombreux appareils de voltige participants à la compétition, les hélicoptères du 3e RHC (Puma, Gazelle) venus en voisins d'Etain-Rouvres étaient également de la partie, ainsi qu'un EC135 de la gendarmerie (présentation statique) et de nombreux avions de collection. Après le Rafale cette année, espérons que la première visite d'un hélicoptère Tigre à Chambley est pour bientôt!

Les Extra 330 des compétiteurs aux Free Flight World Masters : à gauche, celui de
l'Equipe de voltige de l'armée de l'air, à droite, celui de Nicolas Ivanov.
En arrière plan, on reconnaît la butte de Montsec et son mémorial américain.
Gazelle et Puma du 3e RHC quittent Chambley pour regagner la plate-forme
d'Etain-Rouvres, une autre ancienne base aérienne américaine. 
L'EC135 de la gendarmerie, avec, en arrière plan, le fameux hangar à
dirigeable de Chambley
Alors que la Patrouille de France atterrit, d'autres appareils s'apprêtent déjà à prendre
l'air, le bouquet final du meeting étant pour une fois réservé au Rafale.
En arrière-plan,  on reconnaît le clocher de Dommartin-la-Chaussée.
T-28 Fennec au roulage. En arrière plan, on distingue le hangar de la marguerite sud de la base.

Pour le plaisir des yeux, voici quelques images de ces prestigieux visiteurs (cliquez pour agrandir) :






Le plafond nuageux a bien fini par se lever, mais malheureusement
trop tardivement pour les photos des présentations en vol...

Alignement des appareils participant au meeting avec, en arrière-plan,
l'église de Dampvitoux.







L'infatigable Transall, compagnon indéfectible des déplacements de la PAF,
était également présent à Chambley.

vendredi 1 juillet 2016

Un week-end entre Chambley et Chaumont....


Ce week-end, le site de Chambley Planet'Air accueille un grand show aérien à l'américaine digne de cette ancienne base de l'US Air Force
Les Free Flight World Masters sont tout à la fois un spectacle aérien et terrestre (effet pyrotechniques et cheerleaders), une compétition de voltige et surtout une grande fête populaire. Co-organisé par Bleuciel Airshow et la région Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine, l'évènement sera notamment marqué par la présence du Rafale (les deux jours) et la Patrouille de France (le dimanche) après midi. De quoi approcher une équipe de France non moins prestigieuse que celle qui officiera en quarts de finale de l'Euro 2016 dimanche soir au Stade de France! 
Des champions du monde de voltige français sont d'ailleurs annoncés, tels que Nicolas Ivanov et peut-être Alexandre Orlowski en tant que représentant la prestigieuse équipe de Voltige de l'Armée de l'Air (EVAA). 
La Patrouille de France a déjà évolué à plusieurs reprises à Chambley, mais n'y était plus revenue depuis 2003. Une occasion à ne pas manquer pour passer un bon moment en famille ou entre amis, d'autant que l'accès à l'événement et le parking sont gratuits! Il conviendra cependant de s'armer de patience : l'effectif d'un meeting avec la Patrouille de France, en fonction de la météo, peut atteindre les 50000 participants. Il s'agira de ne pas perdre patience dans les bouchons. 
Plan d'accès au site de Chambley Planet'Air et sens de circulation.


Pour davantage de détails et de vidéos, voir les article de Tout-Metz, du Républicain Lorrain ou de France 3 au sujet de l'évènement. Vous pouvez suivre aussi l'actu du Free Flight World Masters sur Facebook.

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Pendant ce temps, plus au sud, en Haute-Marne, sur une autre ancienne base aérienne américaine.... 
L'association Chaumont US Memory va célébrer en grandes pompes le 4 juillet (fête nationale américaine) et par la même occasion le 60e anniversaire de la Statue de la Liberté - il s'agit bien de la réplique miniature du célèbre monument, inauguré en 1956 sur la base aérienne américaine.

Inauguration de la Statue de la Liberté, le 4 juillet 1956.
Préparée depuis de longs mois par l'association, cette cérémonie est marquée par le retour d'Américains ayant vécu sur la base (essentiellement des enfants de militaires ayant grandi sur la base et dans les environs). De nombreux temps forts ponctueront les journées des 3 et 4 juillet.
Dimanche 3, une exposition rétrospective de la présence américaine en Haute-Marne de 1917 à 1967 sera visible au Comptoir du Jardinier,  jardinerie de Villiers-le-Sec situé juste en face de l'entrée de la base de Chaumont-Semoutiers. De nombreuses photos, maquettes, musiques et souvenirs de l'époque américaine composent cette exposition qui vous garantiront une immersion dans l'âge américain de Chaumont. Ce sera également l'occasion de se procurer le livre publié par l'association Quand Chaumont flirtait avec l'Amérique. Des dégustations et ventes de Champagne et autres présentation du 61e Régiment d'Artillerie (actuel occupant de l'ancienne base américaine) agrémenteront cette journée.

Le lundi 4 juillet sera marqué par le baptême de noms de rues de Chaumont en souvenir de la présence américaine (dont une rue du 48th FBW) : une cérémonie aura lieu au monument dédié à l'amitié franco-américaine. Puis la délégation et les membres de l'association se rassembleront sur l'ancienne base au pied de la Statue (évènement non ouvert au public en raison des restrictions d'accès à l'emprise militaire). Un survol par des Mirage 2000 français est prévu à cette occasion, il s'agira sans doute de la patrouille des Ramex Delta dont l'appareil du leader est spécialement décoré pour le centenaire de la création de l'escadrille La Fayette.



La presse locale en a parlé :
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Un reportage photo de cette journée particulière vous sera proposé ici-même dans quelques jours.

Il ne reste plus qu'à faire la danse du beau temps pour que ces journées, à Chambley, comme à Chaumont, soient couronnées de succès!

lundi 20 juin 2016

Les bases de la puissance aérienne 1909-2012


Les études et ouvrages ayant pour objet central les bases aériennes sont plutôt rares, voire exceptionnels dans la littérature aéronautique. Chercheurs - et éditeurs - leur préfèrent souvent des monographies d'appareils ou des historiques d'unités, sujets sans doute plus "vendeurs".

Si certains historiens locaux ont bien, depuis quelques années, commencé à traiter de l'histoire aéronautique par le prisme d'une base aérienne en particulier, ou d'un ensemble de bases, une approche géographique générale de l'implantation des terrains d'aviation militaires en France et dans le monde est tout à fait inédite.
La géographie étant indissociable de l'histoire, tenter cette approche géographique globale de l'implantation des bases aériennes, sur une période de plus d'un siècle - de 1909 à 2012 - se révèle, de plus, une véritable gageure. Durant ce grand siècle, le seul exemple français montre bien à quel point la géographie politique a changé (avec le morcellement de l'Empire français au gré des guerres d'Indochine et d'Algérie notamment), compliquant une telle étude. C'est pourtant le pari relevé par Mickaël Aubout. Militaire dans l'armée de l'air (capitaine lors de sa soutenance), il en a fait l'objet d'une thèse de doctorat centrée sur les bases aériennes françaises, et soutenue en 2013 (récompensée par le prix Clément Ader en 2014). Le présent ouvrage est tiré de cette thèse, et augmenté d'une étude poussée à un niveau plus global. 

La problématique à laquelle tente de répondre la thèse du capitaine Aubout est la suivante : "en quoi les bases aériennes, organisées en réseaux, peuvent-elles être considérées comme un élément de géostratégie?"
Alors que l'armée de l'air a fermé de nombreuses bases aériennes au cours des dernières années, il semble en effet à propos de s'interroger sur la pertinence du maintien ou non du réseau historique de ces bases, développé au gré des menaces du siècle passé. Le capitaine Aubout poursuit ainsi son questionnement : "... le réseau des bases aériennes constitue-t-il à la foi un enjeu et un et un instrument de la puissance d'un l'Etat, et comment peut-il être utilisé comme une grille de lecture des évolutions de politiques intérieures et extérieures d'une nation ?"

Pour y répondre, l'étude du capitaine Aubout se décompose en trois grandes parties : il y présente dans une première partie la notion de réseau de terrains d'aviation / bases aériennes et le concept géostratégique auquel ce réseau correspond, résumé par une phrase très claire : tenir l'air par la terre. La seconde partie se concentre ensuite sur les réseau des bases aériennes en France métropolitaine avant que l'étude ne s'élargisse, dans une troisième partie, aux réseau des bases aériennes françaises autour du monde, et le rôle qu'elles tinrent à l'occasion des conflits de décolonisation, et qu'elles tiennent encore aujourd'hui dans un contexte de menaces plus diffuses...

C'est donc d'abord le concept de "réseau de bases aériennes" qui est défini, d'un point de vue géographique et stratégique. Ces notions paraissent, de prime abord s'adresser, à un public non initié, tant le lecteur aérophile imagine aisément que l'implantation d'une base aérienne doit faire face à la menace potentielle, en tenant compte de l'autonomie et du rayon d'action des avions qui doivent y être basés, mais aussi des caractéristiques des avions ennemis. On suppose également qu'un vaste terrain, situé de préférence en plaine est souhaitable, dans la mesure du possible à l'écart de centres urbains importants, tant pour limiter les nuisances que les risques pour les populations en cas de bombardements de la base aérienne. Il est pourtant nécessaire de définir les termes du sujet traité et les spécificités de son approche géographique à l'intention de tous types de publics. En outre, de par son étude approfondie du sujet, l'auteur n'en tord pas moins le cou à certains a priori que pourraient avoir un lecteur un peu initié, et démontre la pertinence de ses questionnements. Il cite ainsi, entre autres, l'exemple de certaines bases aériennes suisses ou scandinaves, implantées dans des vallées, dotées d'abris et de hangars creusés dans la roche, au creux des montagnes.

Du fait de la souveraineté des états sur leur espace atmosphérique, l'auteur insiste sur l'importance des alliances politiques entre pays voisins, mais aussi sur la fragilité des accords de coopération en matière d'autorisations de survol dans le cadre de mission militaires, loin d'être automatiquement accordées, même par des états alliés. Il en résulte une nécessité de répartir les plate-formes aéronautiques militaires, pour que la force aérienne soit le plus réactive possible, en s'affranchissant du relief, et du voisinage, pour s'opposer à la menace. De ce constat naît l'adéquation entre la mission originelle des avions (interception, bombardement...) et le choix de leur base d'implantation - considération s'émoussant avec le temps, les appareils devenant de plus en plus polyvalents et les bases aériennes de moins en moins nombreuses. L'auteur présente les thèses des quelques stratèges aériens ayant, dès les débuts de l'aéronautique, formulé des réflexions sur la place des aérodromes dans la stratégie aérienne. Il étaye et illustre son propos par de nombreux exemples de bases étrangères (aux Etats-Unis ou en Inde, par exemple) et des exemples de missions du guerre aérienne mettant en exergue le facteur géographique (raids américains sur la Libye depuis l'Angleterre en 1986, raids français sur l'Afghanistan depuis le Kirghizstan en 2002).

La tentative de l'auteur de dégager une typologie du réseau des bases aériennes n'aboutit pas forcément à une réponse définitive ni figée - on l'imagine aisément au vu de la mouvance de ce réseau, au gré des fermetures de plate-formes notamment - mais apporte de nombreuses pistes de réflexions et de nombreuses sources d'inspiration.

En se concentrant sur le réseau des bases aériennes en France métropolitaine, la seconde partie fait moins l'objet de concepts stratégiques parfois abstraits, ou tout du moins ardus pour le lecteur qui n'est ni militaire ni stratège de profession.
L'auteur y revient notamment sur l'adéquation entre l'implantation des bases face à une menace essentiellement venue de l'Est et d'abord d'Allemagne, dès le début du XXe siècle. En résulte l'aménagement de nombreux champs d'aviation dans l'actuelle région Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine (ACAL) de même qu'au début de la Seconde Guerre mondiale. L'impasse n'est pas faite sur le réseau des bases de l'armée de l'air de Vichy en 1942, avant d'en arriver à la menace de l'Union Soviétique, à la fin des années 1940, aboutissant à la période de guerre froide qui vit une multiplication et une modernisation des bases aériennes - pour certaines encore en service aujourd'hui. L'auteur évoque brièvement la présence de bases aériennes alliées sur notre sol dans le cadre de l'OTAN et présente d'ailleurs à ce stade la géographie d'une base aérienne, avec l'exemple de Grostenquin d'après nos travaux. Cet épisode sert surtout à appuyer la redéfinition du réseau des bases aériennes françaises, tant en France qu'en Allemagne, au moment du retrait français du commandement intégré de l'alliance Atlantique, et peu ou pas d'éléments nouveaux sur les bases aériennes canadiennes et américains en France sont présentés dans cette étude.
Revenant sur la multiplication d'aérodromes militaires, s'appuyant sur le développement de l'aviation civile au début du XXe siècle, l'auteur fait ensuite émerger l'importante notion de "géographie économique", prenant en compte les retombées financières générées localement par la présence d'une base aérienne. Cette approche est à mettre en parallèle avec les déclarations récentes de politiciens, voulant justifier des décisions de fermetures de certaines bases, et pour lesquelles un simple recul de quelques années s'avère très instructif. A ce sujet, il est en effet dommage que l'auteur n'ait pas traité du poids de la géographie politique et de ses alliances, au regard des exigences rationnelles et stratégiques, dans l'évolution récente du réseau des bases aériennes. Mais c'est davantage là le rôle du journaliste d'investigations que celui du géographe ou de l'historien, surtout s'il est également militaire en exercice, et on en excuse bien volontiers l'auteur.

La troisième et dernière partie détaille la présence géographique de l'armée de l'air française dans le monde, par le prisme de l'empire colonial français et de son délitement. Bien sûr les conflits indochinois et algériens tiennent dans cette partie de l'étude une place importante. Mais avant que l'empire français ne se désagrège, l'auteur revient sur son développement et le rôle tenu par l'aviation civile et les raids aéronautiques dans le maintien du lien métropole-colonies. De là naît la nécessité de bases aériennes militaires à l'étranger, pour tenir des positions et des points d'escales stratégiques permettant le ravitaillement des appareils et équipages et garantissant les liaisons aériennes. Le capitaine Aubout étaye son propos sur la présentation des réseaux de terrains d'aviation en Algérie et en Indochine bien sûr, mais aussi à travers l'Afrique Occidentale Française (AOF), l'Afrique Equatoriale Française (AEF), Madagascar, ou même vers l'Amérique du Sud... Au gré des pages, on flirte avec l'histoire de l'Aéropostale et on voit l'importance de ce réseau d'escales aériennes militaires dans le développement de compagnies d'aviation commerciales!

Certes, un tel ouvrage ne se lit pas comme un roman d'aventures : des notions stratégiques parfois peu intuitives ou évidentes demandent une disponibilité mentale et une immersion totale dans le propos de l'auteur. Toutefois, on voit bien par cette recension, qui ne fait qu'effleurer la surface de l'étude de Mickaël Aubout, l'étendue des implications politiques, économiques et même commerciales du développement et de l'évolution des bases aériennes, en particuliers françaises, en métropole comme dans le monde, à travers le grand siècle qui vient de s'écouler. Un tel retour sur 103 années d'évolutions géographiques, techniques, politiques et donc stratégiques mérite d'être largement salué. Certains passages du texte, évoquant, au moment de la soutenance de la thèse en 2013, des projets de restructurations et de fermetures devenus réalités au moment de la publication en 2015, auraient toutefois gagné à être ré-écrits au passé pour que le propos gagne en intelligibilité pour le lecteur qui n'aurait pas suivi l'actualité de ces dernières années*. Mais le propos et les conclusions en auraient peut être été modifiés, impliquant une ré-écriture trop en profondeur?
Un autre aspect non négligeable faisant la valeur de cette étude est l'imposante bibliographie thématique, exhumant certaines sources se révélant très intéressantes, notamment des publications datant des premières heures de la guerre froide et traitant du camouflage des bases d'opérations tactiques, du desserrement ou encore des "infrastructures atomiques", jadis publiées - notamment - dans la revue Forces Aériennes Françaises.

Quoi qu'il en soit, cet ouvrage tiendra une bonne place dans votre bibliothèque si vous vous intéressez un temps soit peu aux bases aériennes et à la place qu'elles occupaient, qu'elles occupent et qu'elles occuperont dans la stratégie aérienne, en particulier française.

* de nombreuses bases aériennes ont fermé durant ce laps de temps : Reims, Colmar, Cambrai, Metz, Dijon rien que pour la Métropole.


4e de couverture - cliquez pour agrandir

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Les bases de la puissance aérienne
Mickaël Aubout
Préface de Jean-Robert Pitte
Collection Stratégie aérospatiale
452 pages
24 euros
ISBN : 978-2-11-0010022-1

samedi 11 juin 2016

Exposition Chambley Air Base / Aero Marguerite


Décidément, les soixantenaires se suivent, mais ne se ressemblent pas! Alors qu'à Vandoeuvre on célèbre les 60 ans du village américain de Bois-le-Duc, sur la base de Chambley ce week-end, une exposition remet en lumière le passé américain de cette ancienne base aérienne.

L'inusable Yvon Crosa, et son association Aero Marguerite vous accueillent sous le chapiteau de la Communauté de Communes du Chardon Lorrain, à côté du circuit Francis Maillet Compétition (côté Saint-Julien lès Gorze) pour une exposition rétrospective de la période américaine de la base de Chambley, à l'occasion du 60e anniversaire de son inauguration. Si la base était opérationnelle depuis l'été 1955, l'inauguration officielle avait en effet un peu tardé.

Découvrez ou redécouvrez ce passé en images, aujourd'hui et demain, de 9h00 à 18h00!

60e anniversaire du "Village américain de Bois le Duc"


Hier soir, vendredi 10 juin, la salle Jacques Brel de l'espace Prévert de Vandoeuvre-lès-Nancy était comble pour assister à une conférence présentant les origines du village américain de Bois-le-Duc. Le match d'ouverture de l'Euro 2016 opposant la France à la Roumanie n'a donc pas eu de prise sur la fréquentation de cette conférence, programmée il est vrai à 18h30 ; preuve de l'intérêt du public pour l'histoire contemporaine, en particulier celle de la présence de troupes US en France de 1950 à 1967. 

Car s'il est mal connu, le "village" de Bois-le-Duc, construit dans la seconde moitié des années 1950 sur les hauteurs de Vandoeuvre est bien une conséquence directe de la présence américaine en France dans le cadre de l'OTAN. Ses pavillons étaient en effet réservés aux familles de GI's en service au Nancy Ordnance Depot implanté en forêt de Haye.

Les trois conférenciers, de gauche à droite Jean-Marie SIMON, Pierre-Alain ANTOINE et Pierre LABRUDE. 
Trois orateurs se sont succédé pour présenter l'origine de ce village américain - parmi de nombreux autres en France - dans le cadres des festivités du soixantenaire de Bois-le-Duc organisées par l'amicale des habitants actuels.
Pierre-Alain Antoine, ancien pilote de chasse et colonel en retraite de l'armée de l'air a d'abord rappelé le contexte historique ayant abouti a la création de l'OTAN et à l'installation d'une ligne de communication américaine en France, et donc également des personnels chargés de la faire fonctionner.
Pierre Labrude a ensuite beaucoup évoqué les conditions de vie des GI's et de leurs famille en France, ainsi que les aspects que revêtait la vie sociale de cette population en France.
Enfin, Jean-Marie Simon, architecte, a présenté les spécificités administratives et architecturales des villages américains de Meurthe-et-Moselle à travers les exemples de Bois-le-Duc bien sûr, mais aussi des trois autres cités que compte le département : Regina Village et la "cité de la route de Verdun" à Toul, et Toulaire à Saizerais/Liverdun.


Les festivités continuent durant ce week-end. Aujourd'hui samedi, l'amicale de Bois-le-Duc organise des manifestations privées réservées aux habitants, mais demain dimanche 12 juin, les festivités sont ouvertes au public. La danse, notamment d'origine américaine, y sera très représentée, mais aussi, dès 11h00, une "causerie" rassemblera les Vandopériens qui assistèrent il y a 60 ans à la construction du village et à l'arrivée des Américains. Echanges d'histoires et d'anecdotes assurés! (programme ci-dessous).


Ce sera sans doute l'occasion pour les personnes intéressées de se procurer le dernier tome de l'histoire de Vandoeuvre, signé Danièle Verdenal, ancienne journaliste de l'Est Républicain. Cet opus qui couvre la période de 1950 à 2015 comprend en effet une vingtaine de pages, comprenant textes et photos, consacrées à l'histoire du village de Bois-le-Duc (couverture ci dessous - prix de vente : 35 euros).